La connaissance de l’inconscient est-elle nécessaire à la connaissance de l’homme ?

La notion d’inconscient a renouvelé la connaissance de l’homme.

Mais, difficile et incertaine, la connaissance de l’inconscient peut sembler secondaire.

 

Première partie

La connaissance de l’homme exige celle de l’inconscient.

 

Le connaître doit viser à la clarté et à l’impartialité. Mais toute connaissance n’est pas de type mathématique. L’inconscient y joue un rôle, sinon dans l’organisation des données, du moins dans leur arrivée au seuil de la conscience.

 

La vie cognitive* est sous l’influence de l’inconscient. On entend et on comprend (deux mots jadis synonymes) suivant les désirs ou les craintes antérieures, les préjugés, les prénotions. Même un système philosophique est en partie une «affaire de tempérament», non pas dans sa vérité, mais par ses sources et ses préparations souterraines. Les réponses ne sont pas données par l’inconscient mais les questions que se posent les philosophes expriment souvent un moi profond et obscur.

 

La vie active est prolongement de l’inconscient. L’action prend naissance dans les pulsions* qui émanent de l’inconscient. Selon Charles Odier la vie morale a deux sources : le conscient et l’inconscient. Certes la responsabilité relève du conscient, mais la connaissance et la maîtrise de l’inconscient est le seul moyen de nous connaître nous-mêmes et de juger nos désirs et nos craintes. Une autocritique loyale est préférable à une «bonne conscience» illusoire.

 

La vie affective naît dans l’inconscient. On ne choisit pas ses préférences ni ses répulsions. Mais il est très utile de les connaître pour se rendre capable d’agir en connaissance de cause. Négliger l’inconscient serait pratiquer la «politique de l’autruche»*

 

«L’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime. Elle est nécessaire parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires*.» (Sigmund Freud - Métapsychologie )

 

L’homme ne se limite pas à son corps et à sa conscience claire, n’en déplaise à Descartes. Il faut explorer l’inconscient psychique si l’on veut connaître ce qu’est réellement l’homme.

 

 

Deuxième partie

La connaissance c’est la raison et l’objectivité.

 

Sans mettre en cause l’«utilité» de la connaissance de l’inconscient, on peut considérer qu’il n’y a pas nécessité, ni même opportunité de cette connaissance pour comprendre l’homme.

 

Seule la cure psychanalytique peut révéler l’inconscient. L’inconscient est une zone de la vie psychique actuellement dans l’ombre ou totalement enfouie. On peut penser qu’il est secondaire, très accessoire et parfois même nuisible de la mettre au grand jour. Depuis des siècles les hommes agissent sans s’être aventurés dans ces «profondeurs» dont l’exploration n’est intéressante que lorsqu’il s’agit de soigner un malade.

On n’a pas attendu Freud pour connaître l’homme. Moralistes et philosophes ont étudié l’homme avant les découvertes de Freud. Ils n’ignoraient pas forcément l’action du «moi profond» (Leibniz, à la fin du XVII° siècle, évoque certains aspects de ce que Freud appellera l’inconscient) mais ils n’ont pas estimé nécessaire de la connaître pour mener à bien la connaissance et la conduite des hommes.

 

La connaissance de l’inconscient est obstacle à la spontanéité.Si l’inconscient est source d’action et de création, c’est dans la conscience claire que se manifeste la vie. L’exploration de l’inconscient risque d’arrêter l’élan et de réveiller des fantômes qu’il vaut peut-être mieux laisser dormir.

 

«L’inconscient est une méprise sur le moi, c’est une idolâtrie du corps. (...) Un autre Moi me conduit (...). Il faut apprendre à ne pas trop croire à (...) [ce] type d’idée creuse.» (Emile Chartier dit Alain - 81 leçons sur l’esprit et les passions )

 

Les actes et les paroles qui échappent à ma conscience n’ont pas un sens profond et caché. Je suis ce que je pense et la connaissance de l’être de l’homme n’a pas vraiment besoin de comprendre les mécanismes de l’inconscient.

 

Conclusion

«Connais-toi toi-même». Telle est la maxime que pouvaient lire au fronton du temple de Delphes ceux qui venaient interroger les oracles pour connaître leur destin. Cette maxime est toujours d’actualité, l’homme doit se connaître pour vivre mieux. Moralistes et hommes d’action ont toujours tenu compte de l’inconscient psychique (même s’ils ne l’appelaient pas ainsi) et, de nos jours, la connaissance explicite de cette partie de nous-mêmes est absolument indispensable. Il faut se connaître pour utiliser ses propres ressources et éviter les échecs dont les causes peuvent être inconscientes. La sagesse n’exige pas que chacun se fasse psychanalyser mais que chacun apprenne à connaître le plus possible sa vie «profonde». L’inconscient existe. Il n’est pas seulement une hypothèse. Il n’est plus possible de l’ignorer tout en prétendant connaître complètement l’homme?

 

«Notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, et de résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée.» (Sigmund Freud - Métapsychologie )

 

 

Notes et commentaires

Cognitif

Qui a rapport avec la connaissance.

 

Lacunaire

Qui comporte des lacunes, c’est à dire des éléments qui manquent. Qui présente des oublis portant sur des périodes de la vie passée.

 

Politique de l’autruche

Attitude qui consiste à ne pas regarder ce qui dérange afin d’éviter de traiter les problèmes en niant qu’ils existent.

 

Pulsion

Force inconsciente d’origine biologique orientant le sujet vers un objet susceptible de lui apporter satisfaction.

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