L’homme a-t-il besoin d’art?

L’art répond à un besoin spécifique, distinct des besoins biologiques: un besoin de l’esprit. Cependant, à strictement parler, l’homme n’a réellement besoin que de ce qui lui est utile. Or, le propre de l’art est d’être inutile.

 

 

Première partie

C’est l’art qui fait du monde un monde humain.

 

L’art est un besoin fondamental de l’homme: celui de la quête des valeurs. L’homme n’est pas qu’un animal: boire et manger ne lui suffisent pas, il lui faut, aussi, satisfaire ses besoins spirituels.

 

Dès qu’il y a de l’homme, il y a de l’art. Un des traits les plus caractéristiques de l’homme est son besoin d’art. Il y a 17000 ans, dans la grotte de Lascaux, l’homme exprimait déjà son besoin de beauté en ornant les parois de ce qui était probablement un sanctuaire, un lieu sacré. Depuis, cela n’a jamais cessé parce que l’homme ne peut pas se passer de l’art, par lequel il exprime son humanité.

 

Un monde sans art serait inhumain. L’art est ce qui organise un séjour humain. Lorsqu’un lieu n’est que fonctionnel, il est très rapidement déprimant, voire angoissant, et les peurs qu’il engendre sont la preuve manifeste d’un manque ressenti par l’homme: le manque d’art! Si l’art peut lui manquer, c’est bien qu’il en a besoin!

 

Le besoin d’art, c’est le besoin d’élévation spirituelle. En tout temps et en tout lieu, l’homme a eu recours à l’art pour exprimer quelque chose qui vient du plus profond de lui-même et que les mots de tous les jours n’arrivent pas à dire. Ce besoin d’expression est un mouvement de l’homme pour rejoindre les valeurs qui lui sont aussi essentielles que l’air pour respirer.

 

«L’art et rien que l’art! C’est lui qui nous permet de vivre, qui nous persuade de vivre, qui nous stimule à vivre.» (Friedrich Nietzsche - Humain trop humain )

 

L’homme a besoin d’art parce qu’il a besoin des valeurs que celui-ci incarne: le sens du beau, du bien, du sacré, de tout ce qui dépasse l’existence immédiate et fait de l’homme quelque chose de plus qu’un animal.

 

 

 

Deuxième partie

L’art est inutile, c’est une occupation superflue.

 

L’homme n’a pas besoin d’art, il a besoin d’un logement pour abriter sa famille et d’un salaire décent pour pouvoir la nourrir. Ensuite seulement, il peut partir en quête de l’agrément que donne l’art.

 

Par définition, l’art ne sert à rien. Tout projet d’efficacité et de rentabilité supprime la contemplation. Pour cette raison, le beau doit être distingué de l’utile. Est utile tout objet qui satisfait directement ou indirectement un besoin. Or, la chose belle ne satisfait pas un quelconque appétit. Il est donc impossible d’affirmer que l’homme puisse en avoir besoin.

 

L’art n’est que divertissement. Comme le faisait déjà remarquer Platon, l’art n’est que mensonge et tromperie. L’artiste est un illusionniste qui détourne l’homme des préoccupations essentielles. L’homme n’a pas besoin d’art, il a besoin de pain. Le rêve est, sans aucun doute, agréable mais il n’a jamais nourri son homme. Aujourd’hui, à travers le cinéma, l’art se manifeste avec évidence comme une activité délibérément frivole et totalement futile.

 

L’art est un luxe. Par bien des côtés, l’art peut être rapproché du jeu. Ce caractère ludique en fait un luxe lié à la prodigalité des riches et à l’ostentation des puissants. L’art est en marge de la vie réelle. C’est le luxe des puissants ou la consolation des miséreux, mais, dans les deux cas, il se situe en dehors du besoin.

 

«Au fait, tout cela est inutile. La grande affaire est de vivre, d’inventer, de savoir (...). L’art est un jeu. Tant pis pour celui qui s’en fait un devoir.» (Max Jacob - Conseils à un jeune poète )

 

L’art n’est pas un besoin, c’est un luxe quand ce n’est pas une dangereuse tromperie. Divertissement pour les nantis ou échappatoire pour les indigents, l’art est quelquefois un agrément, jamais une nécessité.

 

 

Conclusion

Pendant des siècles, l’art a eu pour fonction de rattacher l’homme au divin et de faire voir l’invisible. Aujourd’hui, il est profane et ne prétend plus révéler le sacré, mais il continue à relier les hommes entre eux. L’art est un moment de la connaissance de soi car il nous fait éprouver des sentiments que nous ne connaîtrions pas sans lui. C’est un besoin parce qu’il participe à l’existence d’une communauté spirituelle. Le musée n’est pas un temple et l’auditorium n’est pas une cathédrale, mais il y a bien une sorte de communion dans le regard silencieux que l’on porte sur un tableau, ou l’écoute recueillie d’une œuvre musicale. Aucune réalité sociale, si attentive soit-elle à la satisfaction des besoins vitaux, ne peut combler l’infinité du désir. Seul l’art peut le faire, dans la mesure où il est, selon Sigmund Freud, la réconciliation, dans l’imaginaire, du Principe de plaisir  et du Principe de réalité .

 

«Ce n’est pas seulement la philosophie, ce sont encore les beaux-arts qui travaillent au fond à résoudre le problème de l’existence.» (Arthur Schopenhauer - Le monde comme volonté et comme représentation )

 

 

Notes et commentaires

 

Principe de plaisir et principe de réalité

Selon Sigmund Freud, nos pulsions ne cherchent qu’à se décharger dans les plus brefs délais afin de se satisfaire. Mais, très vite, elles font l’apprentissage de la réalité et doivent accepter de différer le plaisir. Le Principe de plaisir  régit le fonctionnement de l’inconscient, le Principe de réalité  caractérise l’adaptation consciente au réel.

Grayscale © 2014 -  Hébergé par Overblog