Exister est-ce simplement «être-là» ?

 Introduction

Exister, c’est être présent au monde, c’est à dire être là, jeté dans le monde sans l’avoir demandé.Mais c’est aussi et surtout se tenir hors de soi-même, auprès de l’Être.

 

 

Première partie

Le donné radical de mon «être-là» précède tout le reste.

 

L’homme qui existe ici-bas se découvre, dés qu’il prend conscience de lui-même et du monde, comme Dasein  (être-là), comme ayant été «jeté dans le monde» et devant assumer une existence qu’il n’a pas choisie.

 

Exister, c’est être dans le monde. Étant parmi les étants, l’homme est dans le monde où il a été «jeté». L’existence humaine implique essentiellement l’appartenance à la dimension de l’«être-dans-le-monde ». C’est donc d’abord à travers la compréhension du monde de la «quotidienneté » dans lequel il est, que l’homme accède à la compréhension de lui-même.

 

Exister, c’est avoir conscience d’être là. Selon Martin Heidegger, nous sommes, nous autres hommes, «dans le monde». Mais nous ne sommes pas dans le monde comme les livres sont dans la bibliothèque ou le lapin dans son clapier, nous sommes présents au monde. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre qu’exister c’est être là, et donc être en proie à la «déréliction», ce sentiment d’être abandonné dans le monde et livré à soi-même.

 

Exister, c’est être là pour la mort. «Dès qu’un homme est né, il est assez vieux pour mourir». A l’horizon de tous nos possibles se profile le néant absolu, notre mort. Quand il se projette dans l’avenir, l’homme se heurte à sa finitude. La réalité humaine, telle qu’une réflexion philosophique lucide nous la révèle, est celle d’un «être-là-pour-la mort».

 

«Nous réservons [le mot d’] existence  pour désigner la détermination d’être qui ne convient qu’à l’être-là.» (Martin Heidegger - L’être et le temps )

 

Exister, pour l’homme, c’est être là dans le monde. Le «Dasein» (être-là) est la condition de possibilité de ce mode d’être particulier de l’homme qui se caractérise par la présence intentionnelle au monde.

 

 

Deuxième Partie

Exister, ce n’est pas être là, c’est être ailleurs.

 

L’homme est temporalité, c’est à dire «ek-stase», sortie hors de soi vers ce qui n’est plus, ou vers ce qui n’est pas encore. Exister, pour l’homme, c’est s’arracher au monde et se projeter vers un futur.

 

Que signifie «exister»? «Exister» caractérise le mode d’être de cet étant particulier (l’homme) qui ne coïncide pas avec soi-même. L’étant qu’est l’homme n’est pas simplement ce qu’il est: il est aussi, d’une certaine façon, ce qu’il n’est pas et à quoi il a affaire; il «a à être ce qu’il est».

 

Exister, c’est sortir de soi. Exister, c’est se projeter vers autrui, vers le monde, vers un avenir. Telle est, selon Martin Heidegger, la liberté de l’homme, une liberté qui est projet, anticipation et souci, même si elle est paradoxale puisque «le Dasein  est appelé à faire son existence sans avoir fait son exister» (je n’ai pas conçu ma propre naissance, mon propre surgissement dans l’être).

 

L’homme seul comprend qu’il est. Pour signifier cette différence, Martin Heidegger appelle «ek-sistance» cette compréhension. De tous les étants, seul l’homme s’interroge et pose la question du sens de l’être, celle-là même formulée par Gottfried Wilhelm Leibniz: «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien»? L’homme est aussi le seul capable de penser ce qui n’est pas. C’est pourquoi l’existence humaine est absolument irréductible au mode d’existence des autres étants.

 

«Dans son contenu, ex-sistance signifie ex-stase en vue de la vérité de l’être.» (Martin Heidegger - Lettre sur l’humanisme )

 

Exister, c’est faire un «projet d’être». L’existant est une «ek-sistance», ce qui veut dire qu’il est hors de soi-même parce qu’il est non-coïncidence à soi: il se projette vers le monde auquel il est présent.

 

 

Conclusion

Dans la Lettre sur l’humanisme , Martin Heidegger pose une question fondamentale: qu’est-ce que l’homme? Il refuse les réponses traditionnelles fondées sur l’interprétation de l’homme par rapport à l’animal, ou sur la définition de l’homme par des caractères substantiels comme l’âme immortelle ou la raison. Mais, plutôt que de les réfuter, il réoriente l’attention vers une méditation sur l’être dont l’homme est, pour lui, le «berger». Le monde est . En ne voyant pas cela dans sa recherche de l’essence de l’humanité, l’humanisme ne pense jamais suffisamment la spécificité de l’homme. A cet égard, Martin Heidegger veut plus d’humanisme, mais sa compréhension de l’homme n’ayant pas l’homme pour source, il refuse cette appellation et laisse sa pensée sans nom.

 

«La proposition: «l’homme ek-siste» n’est pas une réponse à la question de savoir si l’homme est réel ou non; elle est une réponse à la question portant sur l’«essence» de l’homme.» (Martin Heidegger - Lettre sur l’humanisme )

 

 

 

Notes et commentaires

 

Dasein

(Terme allemand signifiant existence, littéralement l’être-là ) Chez Martin Heidegger, le mot désigne l’être de l’existant humain en tant qu’existence singulière et concrète.

 

Ek-sistance

Néologisme formé par Martin Heidegger pour signifier que l’homme est capable de sortir de soi, de «se situer» (stare ) «hors de» (ek ).

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