Aimer son travail, est-ce encore travailler ?

Introduction

Aimer son travail permet à l’homme de le faire avec plaisir mais cela ne change en rien le fait qu’il travaille. L’idée de travail contient l’idée de contrainte et d’activité forcée. Si on aime ce que l’on fait ce n’est plus un travail.

 

 

Première partie

C’est toujours travailler que travailler avec plaisir.

 

Le travail est l’activité fondamentale de l’homme, celle qu’il déploie contre la nature pour assurer ses besoins vitaux. Le fait qu’un homme aime son travail ne modifie en rien la nature de l’activité.

 

Qu’est-ce, en réalité, que le travail? Le travail c’est l’activité par laquelle l’homme transforme la nature et se transforme lui-même. Je travaille quand mon activité produit quelque chose, me permet d’assurer ma subsistance et me constitue pleinement homme en humanisant le monde. Rien n’interdit à une telle activité d’être aimable.

 

Le travail n’est pas une malédiction. Le travail n’est pas, par nature, une peine. Même la malédiction divine de laGenèse   dans la Bible  ne donne pas le travail comme châtiment. Comme le fait remarquer Jacques Leclercq, le châtiment, c’est que le travail devint pénible. «L’homme non déchu eût travaillé dans la joie, mais il eût travaillé» (Leçons de droit naturel ).

 

Il n’y a pas d’opposition entre le travail et le plaisir. On peut très bien aimer ce qu’on est obligé de faire. C’est même, selon Nicolas de La Rochefoucauld, «le secret du bonheur». Le travail est devenu pénible lorsque l’organisation économique en a fait une exploitation de l’homme, mais cette pénibilité n’appartient pas à la nature du travail. Un rapport positif peut s’établir entre l’homme et son travail.

 

«S’il est librement choisi, tout métier devient source de joies particulières, en tant qu’il permet de tirer profit (...) de penchants affectifs et d’énergies instinctives.» (Sigmund Freud - Malaise dans la civilisation )

 

Aimer son métier ne lui enlève nullement son caractère de travail . Cela lui enlève une part de sa pénibilité et cela lui ajoute une part de plaisir. Mais le travail demeure toujours un travail.

 

 

 

Deuxième partie

Travailler, c’est prendre de la peine.

 

Le sens commun ne se trompe pas vraiment lorsqu’il perçoit spontanément le travail comme une activité pénible et forcée. Un travail que j’aime n’est plus véritablement un travail, c’est une activité ludique.

 

L’étymologie est significative. En latin le motlabor  signifie, à la fois «le travail» et «la souffrance». L’adjectif français a hérité de cette équivocité: laborieux  signifie aussi bien «relatif au travail» (dans l’expression activité laborieuse , par exemple) que «difficile et pénible» (un effort laborieux ). Le mot peine  évoque la souffrance, mais aussi le travail (comme dans l’expression: prendre la peine ).

 

Celui qui aime ce qu’il fait ne dit pas qu’il travaille. Le comédien joue une pièce. L’artiste crée une œuvre. L’artisan fabrique, façonne ou répare, mais dans son atelier, il ne va pas travailler, il va faire son ouvrage. Les anciens avaient bien vu la différence, eux qui distinguaient travail, œuvre, action, loisir, alors qu’aujourd’hui nous appelonstravail  toute activité dés qu’elle est socialement rentable: ainsi disons-nous que le joueur professionneltravaille!

 

Aimer son travail, ce n’est plus travailler. C’est au caractère forcé qu’on reconnaît qu’une activité est un travail. Lorsque j’aime mon travail, celui-ci devient un loisir culturel intelligent et créateur qui peut jouer par surcroît dans le domaine économique (mais par surcroît seulement) le rôle de moyen pour parvenir à certaines fins.

 

«Le travail, c’est une punition... Le travail, c’est l’esclavage.» (La Fouchardière - Le Pour et le Contre )

 

Nous savons tous que le travail est une peine et que c’est cette peine qui explique que l’on aspire à des périodes sans travail, des vacances  . Si j’aime mon travail, je ne travaille pas vraiment: je me fais plaisir.

 

 

 

Conclusion

Que j’aime ou que je n’aime pas mon travail, celui-ci comporte des contraintes sociales: je dois travailler pour vivre; j’ai des obligations vis à vis des tiers utilisateurs ou bénéficiaires de mon travail. Ce caractère socio-économique du travail lui interdit d’être un pur loisir même si la tâche que j’accomplis me comble d’aise. En effet, je peux, à tout instant, interrompre un loisir alors que dans le travail, même plaisant, il y a une obligation de résultat qui impose de continuer à travailler alors que l’envie de faire est peut-être momentanément absente. «Tout métier est un jeu pour l’amateur; tout métier est pénible par la durée.» (Emile Chartier dit Alain - Propos ). «Il faut travailler sinon par goût, au moins par désespoir. Tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser.» (Charles Baudelaire - in Henri Mondon, l’ Amitié de Verlaine et Mallarmé ).

 

 

Notes et commentaires

 

Activité ludique

Conduite de jeu à la fois gratuite, agréable et utile.

 

Équivocité

Caractère d’un mot qui a deux sens différents.

 

Travail

Les mots nous gouvernent plus que nous le pensons. Travail  vient du latin tripalium  qui désignait un instrument de trois pieux destiné à maintenir les chevaux difficiles, pour les ferrer et, par extension, un instrument de torture. C’est peut-être la seule raison qui nous amène à penser que le travail n’est concevable que comme une contrainte.

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