La nature commet-elle des erreurs ?

Lorsqu’un être naturel n’est pas adapté aux fins qu’il semble qu’il devrait poursuivre, il apparaît comme le résultat d’une erreur, comme si la nature, à l’instar d’un artisan maladroit, s’était trompée. La nature est, en quelque sorte, l’âme et le principe de vie propre au monde. Mais ce principe n’est pas Dieu; il n’est donc pas parfait. Ainsi, la nature peut-elle être responsable d’un certain nombre d’erreurs, quoiqu'elle n'en ait jamais eu l'intention ?

La nature peut se tromper

Par analogie avec le travail humain, Aristote définit la nature comme ce qui occupe, pour les êtres naturels, la position de l’artisan pour les objets fabriqués.

L’artisan qui fabrique un objet possède en pensée une idée de cet objet, agit selon un but qui est la réalisation de l’objet. Il en est de même pour la nature qui n’est pas une chose mais un principe.

Aussi peut-elle, comme un artisan, faire une erreur dans la réalisation de son plan.

La nature a des «ratés»

Lorsqu’un enfant naît sourd, aveugle ou mal formé, son handicap a sans doute une cause, mais il n’a pas de raison. C’est pourquoi la nature apparaît ici comme fautive : elle n’a pas fait ce qu’elle aurait dû faire.

Elle a failli à son projet. Pire encore : l’existence des «monstres» semble prouver que, par moments, la nature se fourvoie jusqu’à enfreindre ses propres lois.

La nature est imparfaite

Si le monde était totalement harmonieux, il n’y aurait jamais aucune erreur. Mais, comme le fait remarquer Pascal, «la nature a des perfections pour monter qu’elle est l’image de Dieu et des défauts pour montrer qu’elle n’en est que l’image».

C’est de ces défauts que procède l’erreur, et la nature semble être incapable de mener à bien tout ce qu’elle entreprend. L’erreur est la marque de sa finitude.

Considérer la nature comme capable de faire éventuellement des erreurs, c’est en faire un destin, une sorte de providence. C’est en faire un principe de production, souvent personnifié comme si tout ce qui s’y passe était l’effet d’une intention.

Or, il est impossible de penser qu’une fin non encore réalisée puisse commander la production de moyens. La formule d’Aristote «la nature ne fait rien en vain» ne veut pas dire que «tout a une fin», car la nature est un principe qui n’exclut pas le hasard.

Aussi, il est impossible d'affirmer que la nature commet des erreurs comme un homme peut le faire.

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