La République de Platon (faut-il donner le pouvoir aux philosophes ?)

Seuls les philosophes savent ce qu’il convient de faire «pour qu’un État soit éminemment bien gouverné», nous dit Platon mais la tâche du philosophe relève de la morale et «l’unique chose importante c’est l’instruction et l’éducation».

 

La République  de Platon nous décrit un état gouverné par le philosophe.

 

L’État idéal est celui où le travail est bien divisé. C’est une société fortement hiérarchisée et planifiée. Chacun doit y faire son œuvre sous la bienveillante autorité du philosophe.

 

Selon Platon, L’harmonie de l’ensemble social ne peut être réalisé que par un philosophe. Au bas de l’échelle sociale, la classe des producteurs constitué par des «caractères de bronze»: des hommes à qui la nature n’a donné qu’un courage et un intellect restreints. A l’échelon intermédiaire «les caractères d’argent», gardiens voués à la défense de la cité. Au sommet «les caractères d’or», les philosophes capables d’assurer l’harmonie de l’ensemble.

 

Les philosophes doivent être les rois à moins que les rois soient philosophes. Par l’étude ils ont prouvé qu’ils avaient dépassé les désirs corporels que connaissent les travailleurs et les excès d’affectivité qui sont le lot des gardiens. Ils peuvent donc grâce à l’organisation d’une égalité géométrique et harmonique qui assigne chacun à sa place, sauvegarder l’unité de la cité et lui éviter l’arbitraire de la domination.

 

Le philosophe doit apprendre au roi à gérer la cité. En 388 Platon se rend auprès de Denys l’ancien, tyran* de Syracuse afin de l’aider à réaliser l’idéal du philosophe gouvernant sagement la cité. En 367 puis en 361 il fait deux autres séjours à Syracuse auprès de Denys le jeune dans l’intention de faire du jeune tyran un roi philosophe plus sage que son père. Sa République  n’est pas seulement une théorie.

 

«L’état que nous avons décrit, s’il est vrai qu’il ait été correctement fondé est, je pense, parfaitement bon» (Platon - La République - Livre 4)

 

La mission du philosophe est de connaître le Juste en soi. Pour préserver la cité de la décadence il faut connaître le juste. Le philosophe doit donc gouverner la cité pour qu’elle soit harmonieuse.

 

La République  est un programme d’éducation pas de gouvernement.

 

Platon décrit l’Etat idéal parce qu’il voit en lui les vertus écrites en lettres majuscules. Mais ces vertus doivent être développées dans l’âme individuelle en tout premier lieu.

 

La République  trace un programme d’enseignement. Il s’agit de former garçons et filles (Platon proteste contre le rang inférieur que la cité grecque réservait aux femmes) et de choisir les meilleurs et les meilleures pour en faire les gardiens* et les gouvernants. Après une formation musicale et sportive, ils doivent être initiés successivement aux sciences exactes, à la philosophie et à la notion du Bien.

 

L’important c’est la culture de l’âme. Platon est le premier philosophe à penser qu’il faut éclairer l’homme pour le rendre meilleur. Nous désirons la connaissance et le savoir mais nous désirons aussi l’argent et le pouvoir. Or si nous voulons aller vers la plénitude de l’être, c’est seulement par le savoir que nous irons vers elle. Seule donc l’éducation peut nous permettre d’éviter une vie dominée par l’ambition individuelle.

 

L’État idéal n’est pas une fin en soi. Il est difficile au philosophe de rester philosophe. Mais il y a des formes d’état où la dégénérescence de la philosophie est difficile voire impossible. C’est pour cela qu’il faut aller à la recherche de cette forme d’état.

 

«La République  de Platon. Ce n’est point un ouvrage de politique comme le pensent ceux qui ne jugent des livres que par leur titre: c’est le plus beau traité d’éducation qu’on ait jamais fait.» (Jean-Jacques Rousseau - Emile )

 

Il importe peu que l’état idéal existe ou non, qu’il se trouve dans le réel ou qu’il ne s’y trouve pas. Ce qui importe c’est que ce soient les lois d’un tel état qui fondent l’action morale.

 

Le sujet de La République  est-il la morale ou la politique? Est-il la justice ou l’état idéal?

Une telle distinction n’existe pas pour Platon. De même que l’on ne peut définir la justice à l’intérieur de l’individu qu’en se référant à la justice de l’état, de même on ne peut définir la justice de l’état que par rapport à la justice dans l’individu. La question générale de la justice (sous-titre de l’ouvrage) est abordée de façon telle que l’on définisse à la fois l’injustice dans l’état et l’injustice dans l’âme. Des deux façons nous voyons que l’injustice est une maladie. Morale et politique sont donc fondées en même temps parce que « nous sommes en droit de convenir que les mêmes catégories qui sont dans l’état existent, identiques, à l’intérieur de l’âme de chaque individu» (Livre IV 441d). C’est sans doute pour cette raison que celui qui est apte à se gouverner lui même est apte à gouverner la société. Le plus grand paradoxe vient du fait que l’État parfait doit être constitué par le sage parfait et que le sage parfait ne peut exister que dans l’État parfait.

 

«Il n’importe en rien qu’on trouve ou doive trouver quelque part cet État [idéal] car c’est sur les lois de celui-ci seulement, et non d’aucun autre, que l’homme qui réfléchit fondera son action.» (Platon - La République  - Livre IX)

 

Notes et commentaires

 

Tyran

Du grec turannos  - maître. Contrairement au sens actuel, le sens grec de tyrannie n’était pas nécessairement péjoratif. Il désignait simplement un pouvoir personnel.

 

Les futurs Gardiens de la cité devaient poursuivre leurs études jusqu’à l’âge de trente cinq ans !

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