Identité nationale...

  • bernardducret

Au delà de la faute logique dénoncée par Michel Serres et reprise par de nombreux commentateurs, à savoir qu’une appartenance n’est pas une identité, la volonté de définir une « identité nationale » afin de déterminer ce qu’est « appartenir à la nation » relève d’une démarche des plus contestables parce qu’elle est considérablement réductrice. Elle enferme le sujet dans un ensemble de caractéristiques qui prétendent le définir tout entier alors que ses appartenances sont multiples. Elle est une négation de sa richesse plurielle comme si l’appartenance à une nation impliquait certains choix et en interdisait d’autres. Nous ne sommes pas loin du totalitarisme.

 

Vouloir définir une « identité nationale », c’est considérer qu’une organisation culturelle reposant sur un système de relation à l’intérieur de la communauté, elle doit présenter un certain modèle qu’elle considère comme idéal. La « culture nationale » donne alors à chacun de ses membres un rôle qu’elle considère comme naturel et en établissant des différences de nature creuse des fossés infranchissables. En délimitant des images qui servent de modèles, elle exile hors des frontières  du « national » (voire de l’humain) tout comportement qui ne répond pas aux normes préalablement définies.

 

En effet, tout système définit un intérieur et un extérieur et, comme toute construction, délimite un domaine qui est le sien et rejette tout le reste à l’extérieur : son acte inaugural est un acte de clôture et, par le même mouvement, l’enclos est affirmé comme ce qui exprime la totalité du sens. En dehors du système, point de salut, il ne peut y avoir que de l’anecdotique ou de l’amusant. C’est là une tentation perpétuelle de la pensée : lier une clôture donnée avec la totalité du sens. Or ce piège est à la racine de tous les terrorismes, c’est pourquoi il faut le dénoncer.

 

La vie commune devient progressivement une histoire et quand cette histoire est voulue comme histoire de la communauté, la collectivité devient nationale. La nation, c’est la conscience de soi d’un groupe social historique, c’est une volonté d’appartenir à un même avenir collectif. Une nation c’est une communauté sociale concrète qui pose devant elle-même et devant les autres non seulement qu’elle existe mais encore qu’elle a le droit d’exister : Ne laissons personne s’arroger le droit de définir ce que doit être son identité.

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