Avis de décès

  • bernardducret

Tombe Kant« Zwei Dinge erfüllen das Gemüt mit immer neuer und zunehmender Bewunderung und Ehrfurcht, je öfter und anhaltender sich das Nachdenken damit beschäftigt: der bestirnte Himmel über mir und das moralische Gesetz in mir. » (Immanuel Kant, Kritik der praktischen Vernunft)

 

"Deux choses remplissent le coeur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : Le ciel étoilé au-desus de moi et la loi morale en moi." (Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique)

 

Papa, décédé le 2 août 2010, n'était pas un lecteur de Kant, mais il partageait la même espérance que lui et considérait , comme lui, que rien n'autorisait jamais à déroger à la loi. Qu'en est-il aujourd'hui ? Qu'est devenue cette espérance ?

 

"Il a eu exactement les funérailles dont il révait et il ne le saura jamais". Ainsi s'exprimait Simone de Beauvoir aux funérailles de Jean-Paul Sartre le 19 avril 1980. "Il ne le saura jamais". C'est cette conscience du jamais plus qui est terrible. Je m'adresse à celui qui n'est plus des nôtres et je ne saurai jamais s'il m'entend, si je parle à un vivant dans une éternité bienheureuse ou si je m'adresse au néant dans un pur délire. Le doute philosophique, moteur indispensable d'une réflexion solide, n'a rien, en cette occurence, de vraiment rassurant. Comme le dit Kant, une raison cultivée éloigne l'homme du vrai contentement. Heureux celui qui se contente de cette foi, dite du charbonnier, qui ne se pose pas de question et qui trouve, dans son espérance, le réconfort et la paix. Sans pour autant céder à une misologie qui prétendrait que l'usage de la raison impose plus de peine qu'elle ne permet de recueillir de bonheur on peut dire, toujours avec Kant, qu' "à l'égard de cette catégorie plus commune d'hommes qui se laissent conduire de plus près par le simple instinct naturel et qui n'accordent à leur raison que peu d'influence sur leur conduite, on éprouve finalement plus d'envie que de dédain" (Fondements de la métaphysique des moeurs). Il est peut-être là le sens de la faute originelle : En consommant le fruit de l'arbre de la connaissance, l'homme a voulu savoir et il sait maintenant qu'il ne sait rien et s'angoisse devant la mort sans fin.

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