Y a-t-il de l'incompréhensible ?

L’incompréhensible c’est ce qui ne peut pas être expliqué rationnellement ou ce qui ne résulte pas d’une activité consciente fondée sur la faculté de raisonner ou guidée par la faculté de juger. L’incompréhensible, conçu comme ce dont on ne peut pas trouver le sens, est la limite de la raison elle-même. Il est des choses que l’on éprouve et que la raison ne peut pas prouver.

L’incompréhensible existe : c’est l’irrationnel

L’intelligence, désespérée de ne pouvoir tout comprendre, se résigne et admet l’existence d’un domaine qui lui est définitivement fermé. L’incompréhensible se constate parce que surgissent des questions insolubles.

C’est le sens de l’angoisse pascalienne : "En regardant tout l’univers muet et l’homme (...) comme égaré dans ce recoin de l’univers sans savoir qui l’y a mis, ce qu’il y est venu faire, ce qu’il deviendra en mourant,(...) j’entre en effroi". Toute compréhension implique de proposer une signification. Elle est ici impossible à trouver.

Cet incompréhensible apparaît comme définitif

Notre raison aura beau progresser, construire de plus en plus de savoirs rigoureux, elle ne saura jamais répondre aux questions métaphysiques qui portent sur le sens de l’existence humaine. À côté des espaces où la rationalité de l’explication scientifique a établi son emprise subsistent de vastes zones d’irrationalité.

Je ne suis pas capable de répondre aux interrogations fondamentales : que suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Et dans cette impossibilité, j’éprouve l’irrationnel qui provoque l’angoisse née d’un sentiment d’impuissance absolue.

L’incompréhensible naît dès que la raison ne peut plus répondre

Il faut sans doute reconnaître qu’au dessus ou à côté de la raison, dans la foi ou le sentiment, l’homme rencontre des réalités qu’il ne peut que vivre sans pouvoir les analyser. Ces données irrationnelles ne sont pas néfastes tant qu’elles n’ont pas pour effet de démobiliser l’esprit critique.

Science, art et foi ne peuvent d’ailleurs coexister et préserver leur spécificité qu’en évitant tout empiétement réciproque. Il est donc capital de ne pas confondre ce type d’expérience non rationnelle avec celle que dénonce Spinoza lorsqu’il nous met en garde contre les récits de phénomènes surnaturels dont certains "théologiens" (on dirait aujourd’hui "gourous") abusent pour détourner les fidèles (on dirait aujourd’hui les "adeptes") d’une pensée critique qui les affranchirait de leur tutelle.

Le penseur de la Porte de l'Enfer (musée Rodin)
Grayscale © 2014 -  Hébergé par Overblog