Le besoin de sécurité est-il compatible avec le désir de liberté ?

  • bernardducret
  • Philosophie
Le besoin de sécurité est-il compatible avec le désir de liberté ?

Sur le plan social, la sécurité civile est condition de possibilité d’une liberté réelle et concrète, mais sur le plan moral et intellectuel, la liberté d’esprit, de pensée, n’est pas compatible avec la sécurité.

Concrètement, l’homme n’est libre que grâce à la loi :

Etre libre, c’est être responsable et accepter tous les risques de l’autonomie* sans tomber dans l’erreur de croire que la liberté c’est l’absence de structure car il n’est pire aliénation que celle qui nous lie aux caprices des passions.

Si tout est permis, rien n’est possible.

Ce n’est que parce que la société toute entière lui garantit le libre exercice de ses droits que l’homme peut devenir un citoyen libre. C’est donc en assurant par la loi la sécurité de tous que l’Etat permet à chacun d’être libre. Exemple: Si nous sommes libres de circuler, ce n’est que parce que le respect du code de la route assure notre sécurité. Je suis libre de passer au feu vert parce que le feu rouge qui t’arrête me protège.

La sécurité permet la liberté.

Comme le fait remarquer Rousseau, si l’homme vit en société, c’est parce que comparant l’état de nature* et l’état civil*, il voit très bien que la contrainte de la loi en assurant la sécurité de tous garantit la liberté de chacun. Il est impossible à l’homme d’agir librement si son premier souci est d’assurer sa sécurité.

La liberté signifie la responsabilité.

Pour être libre, l’homme doit être capable de se dominer. Si tous les hommes étaient vertueux, la question de la sécurité ne se poserait pas. Mais tel n’est pas le cas. Aussi, il appartient à l’Etat de tenter de normaliser le réel et d’assurer la sécurité pour rendre possible l’exercice de la liberté.

« Trouver une forme d’association qui défende et protège (...) la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème dont le Contrat Social donne la solution (Jean-JacquesRousseau).

Le besoin de sécurité et le besoin de liberté sont non seulement compatibles mais encore indissociables car le citoyen ne peut accepter de se dominer que dans la mesure où l’Etat lui assure qu’il saura faire en sorte que chacun se domine.

Cependant, la liberté c’est le risque :

Vouloir la sécurité sur le plan moral et intellectuel, c’est rester prisonnier des habitudes sécurisantes, c’est refuser de se remettre en cause, c’est préférer la coutume à l’innovation, c’est être incapable d’autonomie.

Être libre c’est être un centre de décisions.

L’autonomie et la responsabilité ne sont rien autre chose que la capacité de choisir sa propre voie hors des sentiers battus par le conservatisme. Je me sens intellectuellement en sécurité quand je fais comme tout le monde et ne prends aucun risque, mais dans ce cas j’abdique ma liberté.

La sécurité est un obstacle à la liberté.

La sécurité intellectuelle c’est la sclérose et l’immobilisme, le conformisme aux idées reçues, la négation d’un progrès possible. Le besoin de sécurité c’est la soumission passive à ce qui est sous prétexte que cela a toujours été. C’est le contraire même de la liberté créatrice, du dynamisme et de la libération de soi par soi.

Être libre c’est oser faire et oser dire.

Si je veux vivre libre je dois accepter de courir des risques car il n’y a de liberté que dans l’acte d’un commencement. Je ne suis vraiment libre que, lorsque loin de toutes les sécurités j’ose m’engager dans une voie originale qui est la mienne; et sur une voie nouvelle encore empruntée par personne, il n’y a pas de barrières de sécurité.

« Choisir c’est choisir quelque chose où la liberté voit, au moins pour un moment, un emblème d’elle-même. Il n’y a de choix libre que si la liberté se met en jeu dans sa décision. » (Maurice Merleau-Ponty).

L’idée de liberté évoque nécessairement celle de risque car elle exige une indépendance d’esprit et d’action qui semble incompatible avec la mise en oeuvre d’une véritable sécurité.

Que liberté et sécurité soient deux notions liées sur le plan civil ne veut pas dire que la liberté est dans la sécurité ou, pire encore, que la sécurité est la forme la plus élevée de la liberté. La sécurité ce n’est pas le grillage qui empêche la poule de sortir en la protégeant du renard. La sécurité c’est l’homme au service de l’homme. Je suis libre et en sécurité si je sais que je peux agir librement et sans crainte dans la mesure où je respecte la loi qui précisément garantit la sécurité de chacun. Mais je ne suis pas libre, quoiqu’en sécurité, si, protégé par des fils de fer barbelés et des policiers en tenue, je suis contraint de rester au chaud chez moi. Il faut donc être très prudent lorsque l’on lie sécurité et liberté car, quoique la sécurité soit indispensable, il n’y a de liberté que dans la responsabilité et l’autonomie. Jamais l’accumulation des mesures de sécurité n’a pu créer les conditions de possibilité d’une réelle liberté car tant que l’on ne reconnait pas à l’homme le pouvoir d’être autonome et responsable, sous prétexte de sécurité, on éteint sa spontanéité et sa libre initiative.

Notes et commentaires

Autonomie

Capacité d’un individu de déterminer lui-même les règles auxquelles il se soumet.

État de nature

État dans lequel serait l’homme réduit à sa « nature » purement animale.

État civil

État dans lequel se trouve l’homme civilisé qui a choisi d’obéir à la loi pour garantir sa liberté.

« Il est incontestable, et c’est la maxime fondamentale de tout droit politique, que les peuples se sont donné des chefs pour défendre leur liberté et non pour les asservir. » (Jean-Jacques Rousseau).

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