En cette période de campagne électorale, les débats et autres tables rondes semblent avoir une importance majeure en politique. En influençant voire en manipulant l’opinion, les journalistes politiques semblent capables de faire et défaire les gouvernements. Mais ils n’ont que le pouvoir qu’on leur donne. Ils sont le reflet de l’opinion et non sa source, même si le journalisme politique est le « quatrième pouvoir ».
En éclairant le citoyen sur les tenants et les aboutissants des discours politiques de ceux qui prétendent diriger le pays, les journalistes ont une influence qui est un véritable pouvoir politique.
La politique a quatre têtes. Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu, a énoncé le principe de la séparation des pouvoirs, au terme duquel les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire doivent être soigneusement distingués. Le problème ne se posait pas à son époque, il se pose aujourd’hui: si l’on veut comprendre «le» ou «la» politique, il est nécessaire de prendre en compte le «quatrième pouvoir», celui de la presse.
Le journaliste fait œuvre politique. Un exemple s’impose, celui du Canard Enchaîné. Par l’humour, ce journal prétend ouvrir les voies de la lucidité et susciter l’indignation. Tous les scandales politico-financiers ont été révélés par lui. Ce sont les journalistes du Canard qui sont à l’origine de la plupart des grandes remises en cause de la politique du moment. Dans de tels cas, le journaliste politique fait la politique.
Le journaliste a une responsabilité politique. Les messages des journalistes politiques atteignent d’abord certaines personnes plus impliquées ou plus influentes que les autres qui vont, dans un second temps, jouer le rôle de relais et diffuser plus largement l’information. Mais c’est le journaliste politique qui est à l’origine du processus.
«Comme il importe plus, en politique, de justifier que de faire, les mots y ont plus d’importance que les choses.» (Bernard Grasset - Remarques sur l’action )
Lorsque le citoyen reçoit une information, elle a été déjà mise en forme par le journaliste politique. Il a donc le pouvoir de faire l’opinion. Dans cette mesure, c’est lui qui, modelant l’opinion, fait la politique.
Les journalistes politiques font de la politique, interviennent au niveau du politique, mais ils ne font pas la politique, car la Politique, c’est la science de l’organisation et non celle du commentaire.
Le journaliste politique fait d’abord du spectacle.Par l’importance accordée aux images, les médias encouragent la «vedettisation» de la scène politique. La presse et la télévision sont de plus en plus amenées à négliger les idées au profit de la présentation d’affrontements de personnalités qui captent l’attention et frappent l’imagination.
Le journalisme politique, c’est l’art de la mise en scène.Les techniques audio-visuelles permettent la victoire de l’instant (le scoop). C’est le triomphe de l’émotion instinctive et du sensationnel qui engage la politique dans l’art du paraître, ce qui fait dire à Georges Balandier dans Le Pouvoir sur scènes : «Le mal démocratique, c’est l’anesthésie cathodique».
L’influence du journaliste est «filtrée». Selon les sociologues américains Paul Lazarfeld et Elihu Katz, tout individu a tendance à se fermer aux messages qui ne le concernent pas. En effet, l’attention à une information est motivée par la relation personnelle ou sociale que l’on entretient avec cette information et le journaliste n’a que l’influence que l’auditeur ou lecteur veut bien qu’il ait.
«La presse (...) sert la pratique du pouvoir. Mais négativement. Elle prépare des vedettes, le bavardage des meneurs de jeu et des pseudo-compétences.» (Roger Dutheil - Le journal unanimiste in Esprit )
Il ne faut pas donner au journaliste politique plus d’importance qu’il n’en a. Capable de faire d’une information et d’un commentaire, un événement médiatique, il n’a cependant pas le pouvoir d’en faire un fait politique.
La croyance dans l’influence des médias, notamment de la télévision, est très répandue tant chez les citoyens que chez les hommes politiques. Mais la vérité, est plus complexe. Les individus ne sont pas des consommateurs passifs de messages médiatiques politiques. Ceux-ci ne font que conforter des opinions déjà présentes comme le remarquait déjà Alain dans l’un de ses Propos :«La puissance de la Grande Presse, je n’y crois pas. Un journal exprime ceux qui le lisent et ceux qui l’aiment.» Mais, de même que la toute puissance des médias est un fantasme, leur totale innocence est un mythe. Ce sont les journalistes politiques qui opèrent le choix des données politiques considérées comme les plus importantes et, s’ils ne disent pas ce qu’il faut penser, ils indiquent toujours ce à quoi il faut penser.
«Si l’on veut connaître la puissance vraie de la presse, il ne faut jamais faire attention à ce qu’elle dit, mais à la manière dont on l’écoute.» (Alexis de Tocqueville - La Démocratie en Amérique )
Notes et commentaires
Médias
Les médias désignent l’ensemble des supports techniques qui permettent la communication (écrite, orale ou visuelle) d’information de toute nature.
Politique
Le terme «politique» s’utilise au masculin comme au féminin. «Le» politique renvoie à l’idée d’un ordre indispensable à la vie en commun. «La» politique définit une activité spécialisée dans l’affrontement entre candidats au pouvoir/ ce que les journalistes politiques appellent «la politique politicienne».
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